La vie politique suit son cours dans le plat pays bien que celle-ci (comme en France) soit au ralenti pour cause de trêve estivale. L’occasion de reprendre des forces pour l’ensemble des formations politiques belges, la suite des évènements s’annonçant d’ores et déjà chargée.
En effet, le gouvernement d’Hermann Van Rompuy est confronté à la question lancinante et épuise du déficit budgétaire qui n’en finit pas de plomber l’économie belge et pose clairement une menace sur les futures générations. Dès lors, il s’agit de trouver de l’argent frais afin de retrouver un équilibre que l’on espère, outre-Ardennes, voir à l’horizon 2015.
Seulement voilà : si les caisses de l’Etat sont – comme chez nous, en France – vides, il en est de même pour les entités fédérés, Wallonie et Bruxelles en tête, exception faite de la Flandre qui malgré la crise, semble mieux résister que les deux autres. Aussi, se retrouve-t-elle en situation de force, notamment en ce qui concerne les deux thèmes qui seront débattus au niveau fédéral, à savoir l’avenir de l’arrondissement bilingue BHV (Bruxelles – Halle – Vilvorde) et la énième réforme de l’Etat, deux sujet sur lesquels, francophones et néerlandophones ne cessent de s’opposer depuis un bon nombre d’années.

Caricature parue sur le site Internet de La Libre Belgique (quotidien francophone)
Dès lors, et pour être surs d’obtenir gain de cause, les partis néerlandophones veulent passer de la théorie à la pratique en appliquant la doctrine Maddens, du nom d’un professeur de sciences politiques à l’université de Leuven (Louvain). Le principe est simple : puisque l’Etat belge, la Wallonie et Bruxelles-Capitale ont besoin d’argent et que la Flandre est riche, celle-ci serait prête à en donner à la condition qu’une réforme de l’Etat soit engagée (et conforme à ses intérêts). En attendant, et pour forcer les francophones à revenir à la table des négociations, les Flamands coupent progressivement les vivres à l’Etat belge.
Francophones et néerlandophones se méfient mutuellement dans la mesure où chacun pense plumer l’autre dans les négociations à venir. Ainsi, si on souhaite régler le statut de Bruxelles dans la sérénité et le dialogue, il n’en demeure pas moins que certaines déclarations et attitudes laissent à désirer dans les deux camps. Ainsi, citons Antoinette Spaak[1], députée bruxelloise et membre du Front démocratique des francophones (FDF, une composante du Mouvement réformateur, l’équivalent de l’UMP) qui lors de la session inaugurale du Parlement bruxellois en juin dernier a volontairement omis de faire son discours en néerlandais, une manière de montrer que la capitale belge est à 90% francophone, un point c’est tout ! Citons également, le parti indépendantiste N-VA (Nouvelle alliance flamande) qui, membre de la coalition régionale en Flandre, souhaite « reflamandiser » Bruxelles[2], chose à la fois farfelue mais surtout absurde quand on connaît le caractère européen et international de la ville.
La Belgique, en dépit de la crise et par la force des choses, a montré une fois de plus qu’elle pouvait exister en tant qu’Etat. Malgré tout, on sent bien que francophones et néerlandophones ne cessent de se méfier mutuellement et que chaque camp reste ambigu sur ses réelles intentions. Vive la méfiance mutuelle !!!

Caricature paru en octobre 2007 après les législatives du 10 juin), lors de l'ouverture de la coupe du monde rugby en pleines négociations communautaires. De gauche à droite, Yves Leterme (à l'époque ministre-président de la région flamande et futur premier ministre, Herman Van Rompuy (négociateur), Joelle Milquet (présidente du CdH) et Didier Reynders (président du MR)
PS : je vous mets en lien un article paru dans le Monde écrit par Jean-Pierre Stroobants et qui résume assez bien la situation. Cliquez ici et bonne lecture !
PS 2 : retrouvez également cet article sur mon blog politique, Actupol
[1] Fille de Paul-Henri Spaak, premier ministre belge de mai 1938 à février 1939, en mars 1946 puis de 1947 à 1949
[2] C’est-à-dire, encourager les Flamands à s’installer à Bruxelles en leur donnant un maximum d’aide et d’avantages financiers.