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Archive for août 2009

Vendredi soir dans le train qui me ramène de Bruxelles à Geel (une ville située à 40 km à l’Est d’Anvers, et là où je suis pour encore quelques jours), j’ai fait une rencontre imprévue et sympathique.

J’ai discuté avec une francophone, une Wallonne plus exactement, vivant à Anvers et parfaite bilingue. Cela m’avait d’ailleurs mis la puce à l’oreille lorsqu’elle a sorti des jurons dans la langue de Molière après  s’être énervée contre la contrôleuse dans la langue de Vondel. Elle m’expliquera par la suite que cette dernière s’était montrée particulièrement désagréable avec elle.

Habitant en Flandre et travaillant à Bruxelles, nous avons parlé de son pays et de l’image que je m’en faisais en tant que Français. Elle m’a décrit la Belgique avec pas mal d’autodérision et de sens de l’humour, bien loin de l’image négative ou bien souvent pessimiste que j’avais l’habitude d’avoir. A ce propos, j’ai été étonné qu’elle critique ses compatriotes francophones lorsque je soulignais le fait – et en évoquant mes ex-collocataires – que les Wallons et les Bruxellois soient vicéralement attachés à la Belgique tout en faisant pas l’effort d’apprendre le néerlandais, ce qu’elle ne comprenait  pas d’ailleurs.

Car bien que Wallonne et le revendiquant volontiers, elle m’expliquait qu’on ne donnait pas envie aux francophones d’apprendre le néerlandais surtout si c’est pour faire comprendre aux jeunes écoliers qu’il faut apprendre cette langue uniquement par nécessité et pour trouver un emploi. Vu dans cet angle, ce n’est pas très « sexy » ! En revanche, si l’enseignement se faisait de manière ludique, qu’il y avait des échanges et des rencontres entre Flamands et Wallons, l’apprentissage du néerlandais serait moins vu comme une corvée pour de nombreux francophones. En ce qui la concerne, elle a appris le néerlandais sur le tas lors de ses vacances d’été en travaillant sur la Côte (la Mer du Nord) dans un restaurant : le nom des menus, les discussions avec les touristes et les passants… tout cela l’a apparrement bien aidé  !

Elle m’a également dit qu’elle ne trouvait pas normal que ses compatriotes francophones ne fassent pas l’effort de s’exprimer en néerlandais en Flandre, et tout particulièrement ceux qui y vivent, évoquant ainsi l’épineux problème de BHV et de ses communes à facilités. Lorsqu’un Flamand s’adresse à un francophone, c’est automatiquement en français et non l’inverse m’a-t-elle expliqué, ce qui peut, à mon sens, en agacer plus d’un dans la partie nord de la Belgique. En revanche, les Francophones ne semblent pas choqués, ce qu’elle déplorait implicitement

Cette rencontre imprévue, dans le train du retour, fut en tout cas pleine de renseignements et le témoignage de cette trentaine contraste assez bien avec l’idée que les francophones ont des néerlandophones dans leur pays, un pays qu’ils aiment mais « sans les Flamands » me disait non sans ironie la jeune dame. Un témoignage d’autant plus intéressant qu’elle n’a pas hésité, bien que Wallonne, à égratigner de temps en temps ses compatriotes francophones, me faisant ainsi comprendre qu’eux-aussi avaient une part de responsabilité. Chose que je ne trouvais absolument pas chez les francophones que j’ai rencontré durant mon année d’ouverture en Belgique, exception faite de David.

En effet, tous m’exprimaient leur fierté d’être Belge et leur envie de le rester, ce qui ne les empêchaient pas de ne pas apprendre le néerlandais, dont beaucoup d’entre eux considèrent encore la faible utilité. Aussi, je ne peux qu’être surpris en tant que Français (pour encore un temps expatrié) de voir qu’il existe des gens qui pensent différemment côté wallon et qui n’hésitent pas à s’installer de côté flamand, sans qu’ils rencontrent le moindre problème apparrement. Et cette trentaine wallonne n’est pas la seule à vivre en « territoire anversois » puisqu’il existe une minorité francophone à Anvers !

Y’a pas à dire, la Belgique, c’est vraiment le pays du surréalisme !

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C’était il y a un peu plus d’un an. Un sondage paru conjointent dans le quotidien francophone Le Soir et le quotidien régional La Voix du Nord  révélait que 49% des Wallons et Bruxellois étaient favorables à un rattachement avec l’Hexagone en cas de scission effective du Royaume de Belgique. Ce taux atteignait même 60% du côté de mes compatriotes. (A     ce propos, une vidéo extraite du journal télévisé de la chaîne francophone RTL-TVI évoquant cette enquête d’opinion auprès des Français)

Ce sondage avait fait alors l’effet d’une petite bombe au moment où la Belgique était plongée en plein marasme institutionnel et politique suite à la démission du Premier ministre d’alors Yves Leterme, ce dernier ayant buté sur les questions communautaires qui ne cessent d’empoisonner les relations (déjà tumultueuses) entre néerlandophones et francophones. Dès lors, rien de tel qu’un sondage de ce style pour imaginer tous les scénarii post-belges possibles et mettre, par la même occasion, encore plus de désordre.

Je me suis toujours posé la question à propos de cette hypothèse qu’est le rattachisme, sorte de gentille boutade et de gentil clin d’œil que certains francophones, rêvant de France, faisaient à nous, habitants de l’Hexagone. Ainsi, et depuis quelques années, des mouvements et partis politiques émergent sur la scène politique belge francophone pour défendre cette idée. Le plus célèbre de ces mouvements, le Rassemblement Wallonie France (RWF) – et son pendant bruxellois, le RBF – s’était même présenté aux législatives de juin 2007 ainsi qu’aux régionales de juin dernier en recueillant des scores plus ou moins confidentiels.

Dans une Belgique qui se cherche, la question du rattachisme est de moins en moins déconsidérée, certains francophones pensant inéluctable la fin de la Belgique et voulant se préparer au pire et surtout assurer leurs arrières. Pour autant, rares sont vraiment ceux qui mettent ouvertement en avant cette idée qui relève plus de la science politique-fiction que d’un véritable projet pouvant aboutir.

Car pour ma part, je considère le rattachisme comme une fausse bonne idée dans la mesure où celle-ci demeure au bout du compte, assez farfelue. Il faudrait, en effet, d’une part que la Belgique se scinde effectivement et qu’un compromis soit trouvé sur Bruxelles, chose à exclure immédiatement tant que les deux camps (néerlandophones et francophones) ne seront absolument pas prêts à laisser tomber la capitale belge. Et même si on devait se mettre dans un scénario catastrophe, l’idée d’un rattachement de la Wallonie à la France risquerait tout simplement de capoter lorsque Wallons et surtout Français se rendront compte de la réalité d’un tel projet coûteux. Qui plus est, je ne suis pas certains que les Belges francophones y gagneraient au change : Belges francophones et Français sommes différents les uns des autres, à mon sens et je ne crois pas qu’un Parisien ait des liens particuliers avec un Namurois ou bien encore un Marseillais avec un Bruxellois. Et puis, si la Wallonie devait rejoindre la France, comment ferions-nous pour nous moquer des francophones ? (RIRES)

Pour autant, le rattachisme est une idée de moins en moins taboue et une hypothèse de plus en plus évoquée même au sein des partis politiques traditionnels. Ainsi, en 2007 et en pleine crise politique, Daniel Ducarme, député francophone membre du Mouvement Réformateur, avait présenté à des députés français son idée d’Etat wallon librement associé à la France (l’Hexagone ayant autorité sur certaines fonctions régaliennes). Cependant, c’est aussi une façon d’agiter le chiffon rouge notamment face aux néerlandophones et vis-à-vis des francophones qui restent très attachés au plat pays. Je ne cesse d’ailleurs de penser à Antoine, mon ancien colocataire qui bien qu’il n’en ratait pas une pour critiquer ses compatriotes néerlandophones, n’en ratait pas une également pour se moquer de mon bel hexagone et de celui qui fait office de président de la République !

J’aurais aimé rencontrer les rattachistes notamment bien implantés à Liège. J’avais d’ailleurs envoyé un courriel en ce sens à l’un d’entre eux dans l’espoir de faire un entretien, malheureusement sans succès ! Il aurait été intéressant de voir leurs motivations, synonyme d’une réaction (d’orgueil) par rapport à certains Flamands, histoire de leur faire comprendre qu’ils auront une solution de rechange, si le pire devait arriver !

Sauf qu’il n’arrivera sans doute pas ! (Enfin, on verra bien !)

Bonus : je vous en mets en ligne une vidéo extraite du journal de France 2 de juillet dernier qui avait consacré son dossier au RWF

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Mon année d’ouverture se termine bientôt dans le pays de Magritte et de Spirou. Bon, il me reste encore des choses à faire et à voir notamment une seconde visite de Liège, une visite de la mer du Nord et encore quelques musées – dont celui consacré à Magritte – sans oublier l’Atomium. De plus, j’aimerais bien aller visiter le musée de la Bande dessinée : hé oui, aller en Belgique sans aller visiter le musée de la BD du pays qui en est l’origine, c’est comme finalement ne pas visiter la Tour Eiffel quand vous venez en France ! Mais bon ! Cela dépendra du temps qu’il me restera de libre mais !

L'Iris, symbole de la région de Bruxelles-Capitale

Toujours est-il que Bruxelles reste une capitale bien différente de Paris à tous les niveaux : architectural, spatial, environnemental… une jolie ville à taille humaine certes, mais qui me laisse bien souvent sur ma faim !

Pour s’en convaincre, il suffit de se promener dans la capitale belge et voir un certain nombre de disparités entre l’hyper-centre très touristique et chaleureux, assez agréable et certains quartiers défavorisés, laissés un peu à l’abandon surtout niveau propreté. Car y’a pas à dire : les rues bruxelloises sont sales – à certains endroits – et cela est un comble pour une capitale qui se veut celle de l’Union européenne et donc une vocation internationale, voire mondiale. Pour s’en convaincre, il suffit de se promener hors du quartier européen : dynamique, sympa, propre… idem pour le centre historique – le polygone – très mignon, très carte postale à l’architecture très ancienne, ce qui contraste assez avec le style haussmannien de Paris. Mais, faites un tour dans la commune d’Etterbeek, là où j’ai vécu durant huit mois, vous serez vite déçu ! Sans compter les multiples détritus et autres saletés qui jonchent le sol ! Rien à voir avec Anvers, vraiment rien à voir !

Bruxelles a-t-elle les moyens de ses ambitions ? On peut parfois en douter quand on voit l’état de la ville. Certes, c’est une ville à taille humaine d’un million d’habitants mais qui se trouve séparée de sa périphérie proche sous contrôle de la Flandre. Qui plus est, elle est quelque peu « victime » de l’enchevêtrement des compétences car sous l’autorité à la fois de l’Etat fédéral, des communautés flamande et française ainsi que d’une région spécialement créée à son attention en 1989, afin de clamer les tensions entre francophones et néerlandophones. Car la capitale belge est un peu l’enfant d’un couple qui se déchire, victime collatérale de ses disputes, ce qui est quelque peu dommage dans la mesure où francophones et néerlandophones auraient tout intérêt à renforcer le statut international de Bruxelles. Au lieu de cela, on préfère s’affronter les uns souhaitant la rapprocher de la Wallonie et les seconds rappelant les origines flamandes de la cité.

Et cela se voit dans la gestion même de Bruxelles où certains francophones dénoncent la surreprésentation des néerlandophones, très nettement minoritaires[1]. D’ailleurs, un responsable politique, membre du Front démocratique des francophones avait mis le feu aux poudres en suggérant qu’il n’y ait, à l’avenir, qu’un seul ministre néerlandophone au sein du gouvernement régional alors qu’actuellement, c’est la parité néerlandophone – francophone qui est respectée. Ce qui a du faire plaisir aux nationalistes flamands qui considérant Bruxelles comme faisant partie de la Flandre, souhaiterait reflamandiser la capitale, afin de bien signifier ce fait !

Bruxelles n’est pas une capitale comme une autre : capitale de la Belgique, elle est également celle de la région flamande mais aussi de l’Union. Dès lors, elle devrait être au même standing que des villes comme Paris, Londres ou Madrid, voire plus ! Mais rien de tel : la ville manque d’ambitions et fait souvent figure de parent pauvre même si des projets sont à l’ordre du jour comme celui de redynamiser le quartier Léopold (là où se trouve le Parlement européen ainsi que la Commission). Toutefois, à l’instar du Grand Paris, la capitale belge aura sans doute besoin de se doter d’un grand projet d’aménagement du territoire, ce qui suppose au passage qu’une solution soit trouvée concernant les tensions actuelles dans la périphérie de Bruxelles qui se situe en Flandre ! Ce qui n’est pas gagné d’avance !


[1] Bruxelles est officiellement bilingue mais composée à 85 – 90% de francophones  contre seulement 10 – 15% de néerlandophones. Afin de leur assurer une certaine visibilité, ces derniers sont surreprésentés au parlement régional bruxellois. Sur 89 sièges, 17 leur sont réservés, constituant ainsi un collège électoral autonome. Dès lors, lorsqu’un décret doit être adopté, il faut à la fois trouver une majorité au sein du collège francophone mais aussi néerlandophone !

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En attendant un prochain article consacré à Bruxelles et ses enjeux dans la Belgique actuelle, je vous mets en ligne quelques images que j’ai prises en mai dernier lors de la fête de l’Iris (Irisfeest en néerlandais) qui célèbre, chaque 9 mai, l’anniversaire de la création de la Région de Bruxelles-Capitale.

Je devais normalement consacrer un articler sur le vingtième anniversaire de la seule région (officiellement) bilingue (français – néerlandais) du plat pays, mais l’absence d’un PC et les problèmes personnels ont eu raison de moi.

Aussi, je profite de cet été et que j’ai un peu de temps libre pour vous faire partager ces photos !!!

Enjoy !

Gilles

Maquette géante représentant la fusée prise par Tintin dans « Objectif Lune » et « On a marché sur la lune » sur la Grand’Place (Grokte Markt)

Entrée du parlement de la région de Bruxelles-Capitale

Hémicycle du parlement régional bruxellois

Cour intérieure

Boulevard de l’Impératrice (Keizerinlaan), non loin de la Gare Centrale (Centraal Station)

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La vie politique suit son cours dans le plat pays bien que celle-ci (comme en France) soit au ralenti pour cause de trêve estivale. L’occasion de reprendre des forces pour l’ensemble des formations politiques belges, la suite des évènements s’annonçant d’ores et déjà chargée.

En effet, le gouvernement d’Hermann Van Rompuy est confronté à la question lancinante et épuise du déficit budgétaire qui n’en finit pas de plomber l’économie belge et pose clairement une menace sur les futures générations. Dès lors, il s’agit de trouver de l’argent frais afin de retrouver un équilibre que l’on espère, outre-Ardennes, voir à l’horizon 2015.

Seulement voilà : si les caisses de l’Etat sont – comme chez nous, en France – vides, il en est de même pour les entités fédérés, Wallonie et Bruxelles en tête, exception faite de la Flandre qui malgré la crise, semble mieux résister que les deux autres. Aussi, se retrouve-t-elle en situation de force, notamment en ce qui concerne les deux thèmes qui seront débattus au niveau fédéral, à savoir l’avenir de l’arrondissement bilingue BHV (Bruxelles – Halle – Vilvorde) et la énième réforme de l’Etat, deux sujet sur lesquels, francophones et néerlandophones ne cessent de s’opposer depuis un bon nombre d’années.

Caricature parue sur le site Internet de La Libre Belgique (quotidien francophone)

Dès lors, et pour être surs d’obtenir gain de cause, les partis néerlandophones veulent passer de la théorie à la pratique en appliquant la doctrine Maddens, du nom d’un professeur de sciences politiques à l’université de Leuven (Louvain). Le principe est simple : puisque l’Etat belge, la Wallonie et Bruxelles-Capitale ont besoin d’argent et que la Flandre est riche, celle-ci serait prête à en donner à la condition qu’une réforme de l’Etat soit engagée (et conforme à ses intérêts). En attendant, et pour forcer les francophones à revenir à la table des négociations, les Flamands coupent progressivement les vivres à l’Etat  belge.

Francophones et néerlandophones se méfient mutuellement dans la mesure où chacun pense plumer l’autre dans les négociations à venir. Ainsi, si on souhaite régler le statut de Bruxelles dans la sérénité et le dialogue, il n’en demeure pas moins que certaines déclarations et attitudes laissent à désirer dans les deux camps. Ainsi, citons Antoinette Spaak[1], députée bruxelloise et membre du Front démocratique des francophones (FDF, une composante du Mouvement réformateur, l’équivalent de l’UMP) qui lors de la session inaugurale du Parlement bruxellois en juin dernier a volontairement omis de faire son discours en néerlandais, une manière de montrer que la capitale belge est à 90% francophone, un point c’est tout ! Citons également, le parti indépendantiste N-VA (Nouvelle alliance flamande) qui, membre de la coalition régionale en Flandre, souhaite « reflamandiser » Bruxelles[2], chose à la fois farfelue mais surtout absurde quand on connaît le caractère européen et international de la ville.

La Belgique, en dépit de la crise et par la force des choses, a montré une fois de plus qu’elle pouvait exister en tant qu’Etat. Malgré tout, on sent bien que francophones et néerlandophones ne cessent de se méfier mutuellement et que chaque camp reste ambigu sur ses réelles intentions. Vive la méfiance mutuelle !!!

Caricature paru en octobre 2007 après les législatives du 10 juin), lors de l'ouverture de la coupe du monde rugby en pleines négociations communautaires. De gauche à droite, Yves Leterme (à l'époque ministre-président de la région flamande et futur premier ministre, Herman Van Rompuy (négociateur), Joelle Milquet (présidente du CdH) et Didier Reynders (président du MR)

PS : je vous mets en lien un article paru dans le Monde écrit par Jean-Pierre Stroobants et qui résume assez bien la situation. Cliquez ici et bonne lecture !

PS 2 : retrouvez également cet article sur mon blog politique, Actupol


[1] Fille de Paul-Henri Spaak, premier ministre belge de mai 1938 à février 1939, en mars 1946 puis de 1947 à 1949

[2] C’est-à-dire, encourager les Flamands à s’installer à Bruxelles en leur donnant un maximum d’aide et d’avantages financiers.

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