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C’était au printemps dernier et ce fut la grande affaire dans le plat pays : Fortis – fleuron du secteur bancaire belge et à deux doigts de la faillite – est sauvée par le gouvernement fédéral de Van Rompuy pour être revendue au groupe français BNP Paribas, conformément au plan de sauvetage cocotté par le ministre des finances et vice-premier ministre Didier Reynders. Seulement, lors de l’assemblée générale de Gent (Gand) en mars dernier, les petits actionnaires, menés par Pierre Nothomb, ont poussé de la voix pour s’opposer à la vente de la banque belge au gérant français, préférant une solution 100% outre-Ardennes. Peine perdue, Fortis, l’un des symboles de la Belgique est sous contrôle de la BNP qui ne tarde pas à rebaptiser le nom de la banque en BNP Paribas Fortis.

Caricature du siège de Fortis (devenu BNP Paribas Fortis) paru sur le site Internet de La Libre Belgique

Si je parle de cette histoire, c’est que celle-ci a fait du bruit durant un certain temps en Belgique, ce qui avait même causé la chute du gouvernement Leterme en décembre 2008. Elle souligne aussi toute l’influence de la France et finalement sa toute-présence dans le royaume d’Albert II.

Pour s’en convaincre, il suffit de voir la télévision belge : comme je l’avais précédemment noté dans un précédant article en début d’année, j’ai souvent l’impression d’être dans l’Hexagone, TF1 et France Télévisions étant largement diffusées en Belgique et surtout très regardées des autochtones, notamment francophones. Dès lors, je me suis dit qu’il y aurait quelque chose de spécifique sur les chaînes de la RTBF. Hé ben non puisque bon nombre de série, mais aussi de jeux télévisés (on se demande pourquoi d’ailleurs) français sont largement diffusées sur les chaînes francophones à tel point que pour mieux affronter la concurrence de TF1 et Cie, la RTBF diffuse à l’avance des émissions qui passeront ultérieurement dans l’Hexagone. C’est ainsi que mes ex-colocataires regardaient les épisodes de « Plus belle la vie » (quelle horreur, ceci dit en passant, RIRES) avec trois jours d’avance sur le public français. Ce que je ne comprenais pas, par contre, c’était de voir certains jeux télévisés hexagonaux diffusés sur les chaînes de la RTBF alors que ces mêmes jeux sont visibles sur les chaînes françaises diffusés dans le plat pays (Vous suivez jusqu’ici ? lol) Et comme si cela ne suffisait pas, les sites Internet de certains quotidiens et médias francophones – exemple, Le Soir et RTL-TVI – ont carrément une page spéciale dédiée à la France. Quant à la RTBF, j’ai été assez supris qu’elle ouvre son journal par l’accident de santé de Nicolas Sarkozy comme si la situation de ce dernier pouvait affecter le plat pays ! 😀

Je reste assez frappé par l’attrait des francophones vers la France, non pas que cela ne me fait pas plaisir (bien au contraire !) mais que cela reste contradictoire et donne finalement des arguments à ceux qui revendiquent le rattachement de la Wallonie et de Bruxelles à l’Hexagone en cas de scission du royaume de Belgique. En effet, ces derniers se disent : « puisqu’on consomme du français et qu’on connait bien ce qui se passe chez nos voisins, autant devenir Français ! »

C’est sans doute qu’il n’est pas évident pour un petit pays comme la Belgique de s’affirmer et de mettre en avant une identité surtout lorsqu’on est à la recherche de celle-ci surtout quand on a pour voisin un pays aussi grand et imposant (au sens propre et figuré) que le mien. De plus, il faut rappeler que les Belges ne sont pas connus pour faire dans le patriotisme démonstratif !

Pourtant, si les francophones connaissent bon nombre de nos émissions et de nos animateurs, ils restent en revanche peu concernés par les productions de leur propre pays qui sont pourtant très intéressantes et qui ne demandent qu’à être connues : c’est ainsi que j’ai découvert la série « Melting pot Café » entièrement tourné et réalisé par la RTBF mais également la série néerlandophone « Matrioshki, le trafic de la honte » (Matroesjka’s, pour le titre en néerlandais) qui a eu un grand succès pourtant. C’est sans doute une des conséquences de cette fameuse frontière linguistique puisque la plupart des productions flamandes ne passent pas celle-ci, les francophones préférant coproduire avec les chaînes françaises, c’est finalement moins chiant, moins cher et surtout plus rentable (retour sur investissement garanti !)

Bonus : puisque je vous parlais de la série Matrioshki, je vous en ligne le générique de celle-ci. Diffusée pour la première fois en 2005 sur la chaîne néerlandophone VTM, puis sur la francophone RTL-TVI, cette série raconte l’histoire de jeunes filles originaires d’Europe de l’Est qui, rêvant de gagner leur vie à l’Ouest, sont recrutés par des deux Belges pour – pensent-elle – danser dans une troupe. S’en suit alors une longue descente dans l’enfer de la prostitution et du travail forcé.

Cette série, très réaliste, fut réalisée par Marc Punt et Guy Goossens et diffusée dans 44 pays dont la France sur M6.

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Bouchon de Liège

Mardi, je me suis rendu en Wallonie et plus exactement à Liège (Luik, en néerlandais) à l’occasion de la fête nationale belge.

Autour d’un bon barbecue, j’ai notamment passé un bon moment en compagnie de David et de ses amis, étudiants comme lui en sciences politiques à l’ULB.

Dès mon arrivée dans le plat pays, j’ai toujours voulu me rendre à Liège, ville réputée pour être la plus francophile des villes belges. En effet, près de 7000 Français vivent dans la capitale officieuse de la région wallonne et les liens avec la France restent forts. Ainsi, il existe un consulat de la République et chaque 14 juillet, Liégeois et Français de Liège fêtent l’amitié franco-belge et célèbrent la révolution française mais aussi liégeoise.

Car on le sait moins – et c’est que m’a expliqué David – Liège a également eu sa révolution qui a eu en même temps que la révolution française en 1789. C’est pour cette raison que le 14 juillet – qui est un jour ouvrable en Belgique – est particulièrement fêté là-bas mais non pour les raisons invoquées par les rattachistes (des wallons qui militent pour un rattachement de la partie francophone de la Belgique à la France, NDA), à savoir la révolution française. A ce propos, je suis passé non loin d’un stand tenu par Bplus, une association pro-belge qui distribuaient des drapeaux noir, or et sang pour célébrer le 21 juillet, qui marque la prestation de serment du premier roi des Belges, Léopold I°, en 1831.

Quatrième ville du royaume de Belgique en terme de population (environ 190 000 habitants), Liège est une ville bâtie sur une vallée et autour de la Meuse. Dès lors, cela casse une fois de plus, le mythe du plat pays. D’ailleurs, pour allant chez David, j’ai pu voir en voiture, une jolie vue de la ville.

Avant de repartir vers Anvers, David m’a fait une rapide mais complète visite de Liège, une ville dans laquelle, il n’est pas rare de trouver un édifice religieux à n’importe quelle rue. En effet, Liège est surnommée la ville aux mille chapelles, en raison de son passé religieux. C’est d’ailleurs pour cette raison que lors de la révolution liégeoise de 1789, la cathédrale Saint-Lambert (qui était à l’époque, la plus grande d’Europe) fut purement et simplement rasée.

Pour finir, un petit détour par l’un des centres-villes de Liège, « Le carré », véritable quartier piétonnier où on trouve de nombreux café et brasseries. On se croirait à Bordeaux, c’est plutôt sympa. Afin de rendre symbolique mon passage à Liège, David m’avait proposé de boire le « téké », l’alcool local. Mais j’ai du décliner, afin de ne pas rater le dernier train pour Anvers, train que je réussis à avoir et que j’ai pris à la gare des Guillemins, la toute nouvelle gare internationale de Liège (c’est notamment là où s’arrêtent les Thalys en provenance de Aachen (Aix-la-Chapelle, Allemagne), Bruxelles et Paris). Une gare en cours de finition au look assez futuriste et qui m’a fait penser à la gare de l’Aéroport de Roissy.

Gare de Liège Guillemins

Ce fut une visite assez rapide et exhaustive de Liège tant que la ville est assez grande. C’est dommage car il y avait pas mal de lieux à visiter tout autour de la cité : Ans, Huy, Sclessin et le fameux stade (surnommé « le chaudron ») du Standard de Liège, actuel champion de Belgique.

Papa Daerden

Pour mes compatriotes qui ne le connaissent pas, je vous présente un homme qui est un véritable phénomène en Belgique (francophone, je dois préciser)

Cet homme le voici :

Il s’agit de Michel Daerden (prononcez « Dardenne »), une des personnalités politiques les plus populaires en Wallonie. Membre du Parti socialiste, ce dernier est tout bonnement surnommé « Papa » par ses concitoyens qui soulignent sa disponibilité et son côté bon-vivant. Une partie de sa personnalité qu’il cultive avec de la bonne bière et qu’il assume pleinement !

Car, Michel Daerden est connu Outre Quiévrain pour ses penchants pour l’alcool. En effet – et je ne blague pas – il est en permanence bourré et quand je dis en permanence c’est vraiment le cas (du moins les trois quart du temps) ! Il suffit de le voir lors des plateaux télévisés, on a l’impression qu’il est ailleurs et qu’il cuve tranquillement sa ration. Comme le montre cet extrait vidéo :

Vu de France, cela pourrait choquer : un ministre en permanence bourré, cela la fout mal (ah, j’oubliais : on a Borloo pour cela ;)) ! Mais en Belgique francophone, cela n’a pas l’air de choquer surtout pas les habitants d’Ans, ville située tout près de Liège et dont il est le bourgmestre (l’équivalent du maire, chez nous) depuis un paquet d’années. En effet, on apprécie avant son côté bon vivant, proche des gens et qui va à l’essentiel !

Dès lors, je me suis demandé si un homme tel que lui – c’est-à-dire « enjoué » – pouvait réellement et sérieusement diriger une commune et un ministère. Apparemment oui, puisque Michel Daerden a été présent dans le gouvernement régional wallon à de multiples reprises notamment et jusqu’il y a encore quelques jours au Budget.

Toutefois, c’est un argument qui ne semble pas suffisamment convaincre les néerlandophones dont certains le traitent de clown. Il est vrai qu’à côté du Premier ministre Hermann Van Rompuy – réputé distant et froid – il fait tâche d’huile, ce qui pousse certains journaux flamands à s’interroger sur sa capacité à gérer le ministère des Pensions (les Retraites dirait-on en France), un des piliers du système fédéral belge sans compter qu’il doit sa présence dans le gouvernement fédéral à ce fameux système des partis puisque ce sont les présidents de partis qui nomment les ministres et en débarquent d’autres, en fonction des portefeuilles qu’ils contrôlent !

Alors voilà, je vous ai présenté cet homme qu’est Daerden. En guise de bonus, je vous mets en ligne une vidéo du Grand Journal de Canal + où l’on voit le ministre socialiste dans tous ses états et qui ne refuse jamais une bière même quand il dit non ! Enjoy !

Cinq semaines après les élections régionales, les exécutifs régionaux s’installent tranquillement en Wallonie, en Flandre et à Bruxelles, les différents parlementaires ayant prêté serment et les ministres-présidents confirmés à leurs postes. Ainsi, Kriss Peters rempile au sein de la région flamande, Rudy Demotte au sein de la région wallonne et de la Communauté française (comprenez francophone) et Charles Picqué pour Bruxelles. Je vous épargne au passage la communauté germanophone.

Vous l’aurez compris le système institutionnel et politique est un véritable casse-tête pour les non-initiés mais aussi pour les Belges eux-mêmes tant qu’il existe un enchevêtrement de compétences et d’exécutifs plus ou moins puissants, déshabillant un petit peu plus le gouvernement fédéral, déjà bien limité aux fonctions et tâches régaliennes (la défense, les finances, la diplomatie, l’emploi…). Cela est d’autant plus vrai que les partis politiques ont un rôle prépondérant dans ce système.

La Belgique a une foison de partis politiques, conséquence de la fédéralisation du pays qui a scindé nombre de familles et courants de pensée en ailes linguistiques et communautaires. Ainsi, deux partis issus de la même idéologie peuvent avoir des positions complètement différentes. Tel est le cas des chrétiens-démocrates, par exemple : réuni jusqu’en 1968 au sein du Parti social-chrétien – Christelijke Volkspartij, cette formation n’a pas résisté aux tensions communautaires entre francophones et néerlandophones et s’est finalement scindé. Aujourd’hui, si la pensée sociale-chrétienne reste présente au sein du Centre démocrate humaniste (pour les francophones) et du Christen-Democratisch en Vlaams (CD&V) (néerlandophones), les deux formations ont des liens très distendus entre elles, la première étant plutôt de centre-gauche, la seconde plutôt de centre-droit. Elles sont pourtant issues de la même famille d’origine !

Contrairement en France où les partis politiques ont un rôle de soutien à l’action exécutive, ici dans le plat pays, elles jouent un rôle déterminant dans la mesure où elles font plus ou moins la pluie et le beau temps notamment lors de la composition de l’exécutif fédéral ou régional. A ce stade, l’enjeu idéologique est mis de côté, l’essentiel étant pour les formations politiques en question de défendre et/ou sauvegarder leurs intérêts et ce, sur fond de surenchère démagogique. Ainsi, on arrive à un ensemble de contradictions assez surprenantes : en témoigne par exemple le cas du Socialistische Partij Anders (SP.A), le parti socialiste néerlandophone. Il se déclare dans l’opposition au niveau fédéral mais participe sans problème au sein d’une coalition avec le CD&V et les nationalistes flamands de la Nieuwe Vlaams Alliantie (NV-A). Il convient de rappeler que le CD&V est membre de la coalition fédérale et que le Premier ministre, Hermann Van Rompuy, est issu de ses rangs !

Dès lors, on assiste à une véritable partitocratie dans laquelle, ce sont les partis politiques qui font et nomment les gouvernements. De fait, les véritables décideurs, ce sont tout simplement les chefs de parti qui se déterminent en fonction de leurs intérêts. Preuve en est, le pataquès provoqué par le refus dans un premier temps, d’Hermann Van Rompuy de devenir Premier ministre en décembre 2008 suite à la démission forcée d’Yves Leterme pour cause d’affaire Fortis. Il a fallu une pression de la présidente du CD&V pour qu’il accepte le poste. Autre cas, l’influence exercée par Elio Di Rupo, le patron du Parti socialiste francophone dans la composition du gouvernement régional wallon et de celui de la communauté française. Et comble du surréalisme, deux des quatre vice-premiers ministres du gouvernement fédéral (soit un par parti) sont également patron de leur mouvement renforçant un peu plus ce mélange des genres, c’est le cas pour Joëlle Milquet pour le CdH (également ministre du Travail et des affaires sociales) et de Didier Reynders (ministre des Finances et des réformes institutionnelles) pour le Mouvement réformateur

On est tellement dans une drôle de configuration que la télévision intègre même cet état de fait, en précisant la couleur politique de tel ministre à chacune de ses interventions. Chose impensable dans l’Hexagone ! Dès lors, si le système des partis a de son avantage, c’est-à-dire favoriser un consensus entre différentes formations politiques, il n’en demeure pas moins que dans le cas belge, cela a de ses limites dans la mesure où l’intérêt d’un parti additionné à un autre fait l’intérêt de la Belgique mais au détriment des Belges eux-mêmes ! Autrement dit, les responsables politiques sont d’abord au service de leur parti avant d’être au service de leur région et de leur pays (et ce qui explique sans doute un certain ras-le-bol des habitants du plat pays à l’égard de leur vie politique)

La faute au fédéralisme ?

Ce qui ne finit pas de m’étonner en Belgique, c’est son système institutionnel plus ou moins compliqué.

En effet, la Belgique est un Etat officiellement fédéral depuis 1993 – je dis officiellement car le processus a commencé dès le début des années 1970 avec les fameuses réformes de l’Etat – dans lequel s’enchevêtrent différents niveaux de compétences réparties entre l’Etat fédéral, les régions et les communautés linguistiques. Des domaines comme l’éducation, la culture ou bien encore l’économie, l’agriculture, la jeunesse et sports… sont gérés intégralement ou non pas les régions et communautés, l’Etat ayant une compétence exclusive sur les domaines régaliens plus la sécurité sociale. A cela, ajoutons que les entités fédérées sont élues directement par le peuple lors d’élections régionales, dont les récentes ont eu lieu il y a un mois.

A première vue, on pourrait se dire que le fédéralisme à la belge est la solution toute trouvée pour un pays qui peine à faire taire ses dissensions entre Wallons et Flamands. Seulement voilà ! Le fédéralisme belge est assez particulier puisqu’il ne découle d’aucune base (au contraire du fédéralisme allemand qui lui se base sur l’identité et la culture) et que censé assurer la stabilité et la cohésion du pays, il rend les choses encore plus compliquées.

En effet, outre les compétences des régions et des communautés sont telles que leurs décisions font force de loi sans véritable contrôle de la part du fédéral dans les domaines qui leurs sont dévolues. Ainsi, on arrive à certaines disparités et absurdités entre les régions et communautés notamment dans le cadre de l’enseignement par exemple où en Flandre, l’apprentissage du français est obligatoire à l’école tandis qu’en Communauté française (comprenez francophone), celui du néerlandais ne l’est pas.  Aussi, cela ne facilite pas vraiment la vie quotidienne du Belge qui se retrouve avec un éventail d’institutions aux compétences diverses et variées.

Dès lors, des voix s’élèvent pour dénoncer un système plus ou moins absurde au fil du temps car inadapté et surtout couteux pour un petit Etat comme la Belgique. Aussi, trop de fédéralisme tue le fédéralisme sans compter que celui se base sur les différences linguistiques. Ainsi, je me suis toujours demandé l’intérêt de l’existence d’une communauté germanophone, sachant que les Belges de langue allemande ne représentent seulement que 0,5% de la population totale du plat pays. Cherchez l’erreur.

Le fédéralisme est finalement une conséquence et non une transition en Belgique puisqu’il a au fil du temps dicté son tempo et sa loi : ainsi les partis politiques, l’audiovisuel, les différentes politiques culturelles, la jeunesse et sports… tous ces domaines se sont adaptés à cet état de fait à tel point que j’ai souvent l’impression d’avoir deux mentalités assez différentes entre Belges du nord et Belges du sud, ce qui n’est pas forcément dramatique en soi mais assez révélateur de l’état d’esprit qui règne actuellement.

Aussi, si tout le monde s’accorde à dire que le fédéralisme à la belge connaît ses limites, reste que les solutions pour soigner le patient belge sont très diverses, certains prônant l’achèvement et d’autres l’acharnement thérapeutique sans compter la thérapie de choc ! Reste à connaître celui ou celle qui aura le courage politique d’administrer les soins !

Anvers et contre tout

Depuis le temps que je voulais visiter cette ville ! Cela fut enfin le cas il y a quelques jours.

Il y a quelques jours donc, je me suis rendu à Antwerpen (Anvers en Français), la seconde ville de la Belgique en terme d’importance

Ville de 472 000 habitants, Anvers se situe sur la Schelde (Escaut en français) au début de son embouchure. C’est à partir de là que la ville a développé son activité portuaire, ce qui fait d’être le second port d’Europe après Rotterdam. En effet, le port d’Anvers est à la fois un port touristique (nombreuses sont les croisières qui font une escale dans la ville flamande) mais aussi et surtout industriel. Avec Anvers, la Belgique – et en particulier la Flandre – bénéficie d’une position stratégique puisqu’à mi-chemin sur la route maritime de la Manche.

Le quartier Meir

En visitant la ville, j’ai été fortement impressionné par l’image qu’elle dégageait, celle d’une ville prospère, ouverte et soignée. A ce propos, j’ai été impressionné par la hauteur du siège de la KBC, la grande banque belge flamande, véritable gratte-ciel, montrant ainsi toute la puissance de la Flandre.  Cela contraste fortement avec Bruxelles où les rues sont désespérément sales à certains endroits de la ville, un comble pour une capitale qui se veut celle de l’Union Européenne ! La situation est tout autre à Anvers notamment si vous visitez le quartier Meir. Véritable et agréable artère commerçante, on se croirait à Lyon, rue de la République. Meir est avant tout un quartier commercial dans lequel vous trouvez bon nombre d’enseignes connues (H&M, Esprit, HEMA…). Si vous êtes de passage, profitez-en c’est les soldes ces temps-ci !

Le pré-métro d'Anvers

Niveau transport, la ville possède un réseau de métro ou devrais-je dire de pré-métro (comme on en trouve chez nous notamment à Rouen, par exemple). Il s’agit d’un tramway qui a une partie de son trajet en souterrain. Anvers est avec Charleroi, la seule ville de Belgique à posséder uniquement ce type de transport, Bruxelles ayant également un réseau de pré-métro mais aussi un réseau de métro classique. Notez également qu’Anvers est desservie par de nombreuses gares dont celle de Berchem et Central. J’aime particulièrement la dernière car de style assez ancien même si elle a été récemment rénovée.

Antwerpen Centraal (Anvers Central)

J’ai de plus découvert une particularité à Anvers, celui d’un passage public souterrain creusé sous la Schelde. Long d’environ 600 m, le passage Sint-Anna est un axe très fréquenté permettant de passer d’un côté à l’autre de l’embouchure du fleuve. Un conseil pour les claustrophobes : ne vous y engagez surtout pas ! Le tunnel étant relativement long, vous aurez une impression d’emprisonnement !

Le passage Sint Anna situé sous la Schelde (l'Escaut)

Enfin, si vous aimez les bêtes, sachez que vous pouvez visiter le zoo d’Anvers qui se situe juste à côté de la Gare Centrale et qui est mondialement connu. Un conseil, cassez votre tirelire puisque les places sont relativement chers ! Sinon si vous allez en amoureux, vous pourrez toujours offrir à votre moitié un diamant. En effet, Anvers en est la capitale mondiale, les négociants venant du monde entier pour déterminer le prix de leur marchandise. D’ailleurs, il n’est pas rare de trouver des boutiques notamment autour de la Gare centrale. A défaut de vous acheter un diamant, vous pourrez y jeter un coup d’oeil !

En consultant le blog d’un camarade de l’ULB – l’université où j’ai fait mon ERASMUS au premier semestre – je suis tombé sur une info assez intéressante.

Antoinette Spaak, récemment élu députée libérale au parlement de la région de Bruxelles-Capitale, a introduit la séance inaugurale de la session en français. Jusqu’ici rien de choquant. Sauf qu’elle avait omis de faire son discours en néerlandais.

Simple erreur d’inattention, me direz-vous ? Cela aurait été possible si Antoinette Spaak n’était pas en même temps une figure importante du Front démocratique des francophones, une aile du Mouvement réformateur (l’équivalent de l’UMP chez nous) qui se bat pour le respect des droits des francophones en périphérie de Bruxelles notamment face à la majorité néerlandophone.

Si le combat reste louable et compréhensible, il demeure rempli de contradictions. En effet, les francophones de la circonscription BHV se plaignent d’être dominés et maltraités par les méchants flamands, ce qui émeut la classe politique francophone. Pour autant, ce sont ces mêmes francophones qui semble oublier que Bruxelles est une ville bilingue – même si cela ne saute pas forcément aux yeux, je dois l’avouer – et qu’il existe une minorité néerlandophone qui ne demande qu’à exister et surtout à être respectée.

L’oubli volontaire d’Antoinette Spaak – qui au passage et pour votre culture générale est la fille de Paul-Henri Spaak premier ministre au lendemain de la seconde guerre mondiale et un des Pères fondateurs de l’Europe – me fait en tout cas penser à la réaction d’Antoine, mon ancien colocataire à propos de la Belgique et des Flamands. S’il exprimait à l’envie sa fierté d’être Belge, il ne gênait pas en revanche pour dire tout le bien qu’il pensait du néerlandais me rétorquant qu’il n’avait pas envie d’apprendre une langue qu’on lui a obligé à apprendre et qui lui donne envie de vomir (langage châtié au passage)

C’est en tout cas, tout le paradoxe des Belges francophones car si ces derniers sont les premiers à défendre la Belgique telle qu’elle existe aujourd’hui, ils sont en revanche peu nombreux à vouloir l’exprimer concrètement et à donner des gages à leurs compatriotes néerlandophones. Résultat des courses, l’incompréhension s’installe et fait le jeu des partis nationalistes flamands. Dès lors, on pointe souvent du doigt les néerlandophones et le fait qu’ils sont arrogants et condescendants envers les francophones, ce qui est sans doute vrai. Mais parfois, on oublie que certains francophones sont loin d’être des anges et que leur attitude peut tout aussi blesser que celle reprochée aux néerlandophones.

C’est un paradoxe que j’ai voulu souligner tant que je constate que fierté Belge ne va pas toujours de pair avec sentiment national du côté des francophones.